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Les développeurs, artistes 2.0 ?

Et si le futur de l’art n’était pas en train de se jouer dans les résidences d’artistes mais sur la populaire plateforme d’hébergement de code open-source GitHub ?

Nous allons présenter dans cet article les projets majeurs actuels, qui concernent la musique, mais aussi le cinéma et la peinture ainsi que les questionnements que cela amène concernant le positionnement des développeurs et la production artistique en elle-même.

 

Des projets aux premiers résultats concrets

Le projet « Magenta », porté par la Google Brain Team, est l’un des plus importants projets collaboratifs actuellement en cours dans le domaine de la création artistique. L’objectif affiché du géant américain est d’arriver à répondre dans les prochaines années à ces questions : « Can we use machine learning to create compelling art and music? If so, how? If not, why not? ». Le premier résultat concret est déjà visible sur GitHub : il s’agit de « AI Duet », une intelligence artificielle permettant de composer une mélodie à partir de quelques notes jouées sur un piano par un être humain.

 

 

L’intelligence artificielle (IA) « Watson », créée par IBM, a quant à elle permis d’assister le célèbre rappeur et producteur britannique Alex Da Kid sur la création d’une chanson sortie fin 2016, « Not Easy ». Les ingénieurs ont fait analyser des milliers de textes afin de permettre d’identifier les thèmes culturels prédominants et les couleurs émotionnelles qui ont fonctionné ces dernières années. L’IA a ainsi fait des propositions au producteur qui s’est décidé pour une ambiance chagrin d’amour. Des recommandations concernant la composition musicale ont ensuite pu être apportées par cette technologie.

Sony n’est pas en reste et a de son côté mis en place un « Computer Science Laboratories » à Paris qui collabore avec de nombreux artistes. De nombreux projets autour de la musique sont en cours, dont l’IA « Flow Machines » qui est mis à la disposition de musiciens afin de les aider à être plus créatifs. Un single, « Futura » a déjà été créé grâce à cet outil par le groupe Housse De Racket à partir de six de leurs chansons.

 

Mais la musique n’est pas le seul art concerné par ces projets innovants.

La technologie « Watson » a par exemple également été utilisée pour créer la bande-annonce du film d’horreur américain « Morgan » sorti sur les écrans en 2016. L’IA a sélectionné dix moments clefs du film en se basant sur les bandes annonces existantes de 100 films d’horreur. Puis un réalisateur humain a remis les scènes dans l’ordre et y a ajouté des effets pour les transitions ainsi que la musique.

 

Le projet « The Next Rembrandt », issu d’une collaboration entre ING et Microsoft, a lui permis de faire créer par une IA une peinture qu’aurait pu peindre Rembrandt grâce à l’analyse de 300 oeuvres du peintre et à l’utilisation d’un scanner 3D.

 

Des développeurs qui se revendiquent artistes

Toutes ces productions artistiques ont le point commun d’avoir été crées à l’aide d’intelligences artificielles imaginées par des développeurs et on assiste depuis quelques années à l’émergence d’un nouveau métier : « artiste/développeur ».

Zach Lieberman en est le parfait exemple et affiche clairement son credo sur son compte Twitter : « I make art with code ». Cet américain a créé une technologie qui permet de représenter les sons émis par des images et de jouer dans l’espace avec ces sons. Le code de ses projets est bien entendu disponible sur GitHub.

 

Mais ces oeuvres produites grâce aux IA sont-elles réellement de l’art ?

Précisons tout d’abord qu’une intervention humaine est aujourd’hui encore systématiquement obligatoire afin de rendre la création artistique compréhensible par l’être humain. Le film « Sunspring », réalisé et présenté dans le cadre du festival londonien « Sci-Fi London », en est le parfait exemple. Le scénario et les dialogues ont été entièrement écrits par un IA, sans aucun ajustement humain et le résultat est … déconcertant. Les répliques s’enchaînent sans lien les unes avec les autres et le spectateur reste perplexe.

 

Mais le jour viendra où les IA pourront créer en imitant parfaitement le cerveau humain. Cela n’est qu’une question de temps. Saurons-nous alors apprécier les productions artistiques 100% IA ? Tout création suppose la reconnaissance de celle-ci par une audience pour en faire une oeuvre d’art. Saurons-nous leur accorder ce statut et les apprécier tout autant que les créations humaines ?

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