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On a assisté à un hackathon musical à l’IRCAM

Les 10 et 11 novembre derniers, un hackathon musical était organisé par l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) dans ses locaux situés tout près du Centre Pompidou à Paris. Une première pour le centre de recherche, qui a réuni durant 24 heures une cinquantaine de participants avec pour objectif de créer et détourner des dispositifs sonores.

Cet événement, réalisé en partenariat avec la plateforme de streaming musical Deezer entre autres, se déroulait après deux jours de conférences sur le thème de la musique et du hacking au Musée du Quai Branly.

L’équipe de Forward a assisté à cet évènement musical et technologique, et en a profité pour discuter avec Guillaume Pellerin, le Responsable de l’équipe Web en charge de développer des espaces co-créatifs au sein de l’IRCAM.

 

Hackathon musical

Le terme « hackathon » désigne un évènement de type collaboratif se déroulant sur plusieurs heures ou jours au cours duquel des équipes de volontaires font de la programmation informatique intensive dans le but de réaliser un prototype.

Un hackathon musical concernera donc des créations autour de la musique et ce « Music Hack Day » organisé par l’IRCAM avait plus spécifiquement pour thématique le hacking musical, c’est-à-dire le détournement d’objets musicaux.

 

Guillaume Pellerin

Origines du hacking musical

Il est difficile de dater les débuts du hacking musical tant cette pratique est intrinsèquement liée au processus de création musicale. Pour Guillaume Pellerin, « la création d’un instrument est déjà du hacking puisque le travail du luthier sur les vieux instruments comme un violon, une trompette ou encore des cuivres est d’aller chercher les petits artefacts pour les atténuer ou les augmenter ».

 

 

Intérêts pour le hacking musical

La diversité du groupe de participants, composé d’artistes, d’ingénieurs, de chercheurs et de développeurs, montre bien l’intérêt croissant pour cette pratique qui va au-delà de la seule performance technique. Il s’agit de se réapproprier des objets fabriqués en série, d’en détourner les usages, de faire des découvertes inattendues au gré des expérimentations mais aussi d’une forme de contestation sociale et écologique envers la surconsommation de masse.

Notre interlocuteur ajoutera que « le hacking permet également de prendre de la distance vis-à-vis du mode capitaliste qui voudrait rendre les biens communs de plus en plus propriétaires et donc réservés à certains groupes de personnes ».

 

Salle hackathon IRCAM

Une des salles mises à disposition des participants lors du hackathon organisé par l’IRCAM

 

Rôle de l’IRCAM

Guillaume Pellerin nous a éclairé sur la façon dont l’IRCAM souhaite s’impliquer dans le processus de collaboration entre les différents acteurs du hacking musical :

L’IRCAM souhaite aller vers le développement de plateformes de recherche musicale qui permettraient à tous les acteurs de la musique de collaborer avec des matières audios et logicielles (samples, plugins, logiciels). On se rend compte qu’il y a une vraie demande, et l’IRCAM a un rôle certain à jouer puisque il a su développer dès ses origines des espaces co-créatifs en faisant travailler des ingénieurs, des chercheurs, des compositeurs et des réalisateurs en informatique musicale pour créer des oeuvres hybrides, s’inspirant parfois de technologies très à la pointe. On essaye à présent de créer ces espaces de co-création à l’extérieur à l’aide des réseaux dits sociaux .

 

En attendant le développement de ces espaces co-créatifs virtuels, ce hackathon était donc l’occasion pour l’IRCAM de faire se rencontrer ces profils différents et complémentaires, et d’arriver à mieux comprendre pourquoi et comment ces hackers musicaux détournent les instruments, les interfaces et les modes de composition.

 

 

Concrètement ça a donné quoi ce hackathon?

Une démonstration des projets réalisés par chacune des équipes a eu lieu suite à ces 24 heures de hackathon.

Dans la plupart des cas, des contrôleurs, des capteurs ou des actionneurs ont été reliés à un ordinateur à l’aide d’une carte électronique Arduino afin de produire des sons. Il s’agit en effet en premier lieu de se détacher de l’ordinateur affirme Guillaume Pellerin.

Les communautés de hackers veulent de plus en plus abandonner l’ordinateur comme instrument de création. L’ordinateur est un instrument de travail trop froid pour créer et ces gens-là ont un besoin sensible, humain et corporel de toucher les boutons et la machine, et de la voir bouger. L’électronique, qui se place au croisement des flux numériques, des microprocesseurs, de l’acoustique et de la pneumatique, permet de donner une forme matérielle à la machine.

Les créations qui ressortiront de ce hackathon seront surprenantes et diverses.

 

 

Une équipe s’appliquera à transformer le spectre de couleurs RVB en spectre audio alors qu’une autre utilisera le capteur de mouvement R-IoT développé par l’IRCAM couplé avec un synthétiseur modulaire pour produire des sons en fonction des déplacements. L’équipe composée des deux développeurs de Deezer aura quant à elle créé une installation permettant de naviguer sur les playlists de la plateforme de streaming grâce à des contrôleurs qui incluront des sliders, des pads et des joysticks.

Et si pour certains il s’agissait d’enfin utiliser ces objets qui encombraient leurs placards depuis des années, d’autres employaient des instruments de musique atypiques comme le thérémine : cet instrument, qui récupère la capacité électrique du corps, aura été connecté à une installation toute en lumière qui représentera la hauteur et le volume des notes jouées.

 

Synthétiseur modulaire hackathon IRCAM

Un synthétiseur modulaire utilisé par une des équipes lors du hackathon organisé par l’IRCAM

 

La musique qui sera produite par ces différents dispositifs s’apparentera plus à la création d’un contexte sonore qu’à la recherche d’une production musicale cohérente comme nous l’explique Guillaume Pellerin.

 

Il y a une volonté d’aller chercher des données extérieures comme la météo ou des données du réseau d’Internet pour nourrir le processus musical sous forme de grains, de samples ou de modifications de paramètres. Les hackers laissent venir ces données et en font quelque chose. Ça peut être des données de la nature ou des données humaines plus prévisibles .

Si des séquences émergent tant mieux, sinon tant pis. Et ça implique les hackers très vite dans un espace de composition improvisée qu’ils assument complètement. On est pas très loin de certaines notions de composition de musique contemporaine ou de jazz où il y a juste un contexte d’instruments. Ça produit des musiques qui sont assez déstructurées.

 

Pour aller plus loin, suivez l’IRCAM ici !

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