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La traduction instantanée : du Babel Fish d’Adams au traducteur Ili

De la difficulté de se comprendre

Au commencement, il y eu l’épisode biblique de la « Tour de Babel ». Afin de punir les hommes qui avaient fait preuve de vanité en essayant de construire une tour assez haute pour toucher le ciel, Dieu attribua à chacun d’entre eux une langue différente. Les conséquences furent immédiates : la construction de l’édifice s’arrêta nette car les hommes ne se comprenaient plus. Et bim! +1 pour l’industrie des dictionnaires.

Ludwig Zamenhof aura bien essayé de rattraper le coup en créant l’espéranto en 1887. Mais malgré une diffusion certaine dans plus de 120 pays à travers le monde et des recommandations d’organisations mondiales telles que l’ONU et l’UNESCO, cette langue pourtant si facile à apprendre, n’aura jamais réussi à s’imposer comme langue universelle.

Et pourtant la problématique de la communication entre les langues n’aura jamais été autant d’actualité qu’à notre époque où il est devenu si facile de voyager et d’échanger des informations avec le monde entier. Rien qu’à Paris, il est estimé qu’environ 60 langues différentes sont parlées. Un quartier multi-culturel de Paris, Belleville a même été renommé « Babelville » en référence aux nombreuses langues qui s’y entrecroisent.

La bande dessinée culte de science-fiction de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, « Valerian et Laureline », va encore plus loin et imagine un monde dans lequel se croiseraient pas moins de 2400 races différentes. Dans cette fiction, la station spatiale de « Point Central » abrite le siège du parlement intergalactique qui permet aux ambassadeurs de chaque nation d’échanger, parlementer et négocier.

 

Image Dargaud – Mézières

 

Des solutions de traduction dans la science-fiction

Dans ces mondes alternatifs futuristes où les échanges ne se font souvent plus à l’échelle de la planète Terre mais de la Galaxie, certains auteurs de science-fiction ont imaginé des solutions pour faciliter la communication entre les différents peuples.

Ainsi dans « Le Guide du voyageur galactique », écrit par Douglas Adams en 1979, un petit poisson nommé le Babelfish permet aux habitants de l’Univers de se comprendre quelque soit leur langue d’origine. Le petit animal doit être glissé directement dans l’oreille de son propriétaire pour lui permettre d’excréter « ensuite dans l’esprit de son hôte une matrice télépathique formée en combinant les fréquences des pensées conscientes avec les influx nerveux recueillis au niveau des centres d’élocutions du cerveau qui les a générés ». Autrement dit, une traduction instantanée des propos de l’interlocuteur est réalisée par ce petit poisson jaune. Pour ceux que cela intéresse, une vidéo de la BBC explique plus en détail le fonctionnement cet étrange animal.

 

Image BBC

 

La célèbre série télévisée « Star Trek » imagine quant à elle un traducteur universel qui permet de traduire en temps réel presque toutes les langues. La base de données de l’appareil contient ainsi toutes les données nécessaires si le dialecte est déjà connu. Dans le cas contraire, une analyse de la grammaire et de la syntaxe ainsi qu’une comparaison aux langues déjà connues permet de réaliser la traduction. Si dans les premières saisons le traducteur est assez imposant de par sa taille et ne peut être intégré qu’aux systèmes de communication des aéronefs, il se miniaturisera au fur et à mesure jusqu’à pouvoir s’insérer directement dans l’oreille.

L’écrivain Barjavel imaginera également une Traductrice dans son roman « La nuit des temps ». Cet outil sophistiqué permet aux scientifiques du monde entier d’avoir accès aux traductions instantanées via une oreillette. Il permettra même de traduire la langue jusqu’alors inconnue du peuple Gonda. Il y a cette phrase prononcée par le médecin Simon à Elea, la survivante Gonda, lorsque la Traductrice fonctionne enfin : «  … maintenant vous me comprenez… vous me comprenez et je peux vous comprendre … ».

Et dans la vie réelle, où en sommes-nous

De grandes avancées déjà réalisées

Au-delà de nos bons vieux dictionnaires papiers ou électroniques, de nombreux outils de traduction automatique (dont certains gratuits) ont été développés ces dernières années sur le Web. On peut citer par exemple Google Traduction, Babylon ou Reverso. Mais ces traducteurs restent limités et fastidieux puisqu’il faut re-saisir le texte.

Microsoft a commencé à relever le niveau dès fin 2014 en lançant Skype Translator, qui permet la traduction quasi-instantanée des communications vocales (10 langues disponibles) et écrites (50 langues disponibles). La qualité de la traduction s’améliorant au fur et à mesure de son usage grâce au Machine Learning, principe très répandu dans le domaine de l’intelligence artificielle. Les conversations restent cependant peu fluides en raison du temps de latence nécessaire à la traduction et l’outil nécessite bien entendu une connexion Internet.

Puis c’est au tour de Google de riposter en 2015 en intégrant dans son application Google Traduction la technologie Word Lens, rachetée à Quest Visual l’année précédente. Le concept est simple et efficace : il suffit de pointer un texte dactylographié avec la caméra de son smartphone pour voir apparaître quasi-instantanément la traduction en réalité augmentée, le tout sans avoir besoin de connexion Internet. La fonctionnalité est assez bluffante même si elle reste limitée à des textes courts.

Et ce n’est pas fini

Et c’est aujourd’hui au tour de deux start-ups de faire parler d’elles. Elles sont toutes les deux en train de vendre les premières précommandes et promettent à leurs premiers acheteurs des livraisons pour la fin de l’année 2017.

Il y a tout d’abord Logbar, une start-up japonaise qui a fait parler d’elle lors du Consumer Electronics Show (CES) de 2016 en recevant le Prix de l’Innovation pour son produit Ili, un traducteur vocal quasi-instantané portatif ne nécessitant pas de connexion Internet. Son algorithme et sa base de données sont en effet stockés en local. Certes les langues disponibles sont encore très réduites pour cette première version, l’usage plutôt adapté aux voyages et la traduction unilatérale, mais la vitesse de traduction atteint des records : 0,2 secondes. L’outil se porte autour du coup et est d’une simplicité extrême puisqu’un seul bouton permet de gérer l’enregistrement et la traduction.

 

 

La start-up américaine WaverlyLabs propose également à la vente un produit prometteur avec son oreillette de traduction Pilot. La technologie est contenue dans l’application associée qui nécessite pour le moment une connexion Internet pour fonctionner, les oreillettes étant reliées en bluetooth au téléphone. Le nombre de langues supportées est de l’ordre de 15 à aujourd’hui, la contrainte principale restant que les deux interlocuteurs doivent porter chacun une oreillette.

En bref

Même si nous sommes encore loin des outils imaginés par la science-fiction, il faut reconnaître que les avancées technologiques dans le domaine de la traduction se sont intensifiées ces dernières années. Espérons que la prédiction de Douglas Adams qui expliquait qu’« en supprimant effectivement toutes les barrières aux communications entre les diverses races et cultures, ce pauvre poisson Babel était à l’origine de plus de guerres et de massacres sanglants que n’importe quelle autre cause dans l’histoire de la création » ne se réalise pas!

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